Vous trouverez ci-dessous un florilège de 201 citations de, et sur, Joris-Karl Huysmans. Des centaines d’autres ont été publiées et continuent à l’être régulièrement sur la page FACEBOOK associée à ce site.

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« J.-K. Huysmans ne se borne pas à assurer sa descendance de lecteurs, il laisse d’innombrables amis qui se font pèlerins et deviennent demain chevaliers d’un même idéal. En Huysmans, c’est l’homme de sincérité puis l’homme de douleur que l’on aime à travers les rutilances et la verdeur du romancier. Ses disciples perpétuent cette haute rêverie qui se réjouit « au-dessus des temps » et que le naturalisme n’avait pas su dégager ; la quatrième dimension de Huysmans, c’est la Poésie. »

—-Paul-Courant, Souvenirs huysmansiens, 1988

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1) «Un écrivain peut être chaste et traiter des sujets scabreux et la réciproque est plus vraie encore ; l’armée des cuistres qui demandent la propagation de la vigne pour étouffer, sous l’amas de ses feuilles, les hardies tentatives de l’école moderne n’est, pour la plupart du temps, remarquable que par le dépoitraillement de sa vie.»

—-Joris-Karl Huysmans, Emile Zola et l’Assommoir, 1876

2) «Par les temps qui courent de gens bâclant des livres, dans une langue simple (…) c’est plaisir que de voir des phrases élucidées, piochées, l’expression sortie du forceps ; ce souci est trop épuisé de tous et méprisé, pour que je ne vous félicite pas de vos soins»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Jacques le Lorrain, 30 juin 1888

3) La partie se joue à trois, entre Dieu, le démon et l’homme ; mais l’un des trois, l’homme, ignore la suite de cette partie dont il est lui-même l’enjeu.»

—-Joris-Karl Huysmans, Les Foules de Lourdes, 1906

4) «Je suis sûr que, malgré ma bonace charnelle, si je me trouvais en face de certaine femme dont la vue m’affole, je céderais ; j’enverrais la religion au diable, je reboirais mon vomis à pleine bouche.»

—-Joris-Karl Huysmans, En route, 1895

5) «Il n’y a d’intéressant à connaître que les Saints, les scélérats et les fous ; ce sont les seuls dont la conversation puisse valoir. Les personnes de bon sens sont forcément nulles puisqu’elles rabâchent l’éternelle antienne de l’ennuyeuse vie ; elles sont la foule, plus ou moins intelligente, mais la foule, et elles m’embêtent.»

—- Joris-Karl Huysmans, Là-bas, 1891

6) «En un mot, le poème en prose représentait, pour des Esseintes, le suc concret, l’osmazome (sic) de la littérature, l’huile essentielle de l’art. «

—- Joris-Karl Huysmans, A Rebours, 1884

7) «L’art catholique moderne, c’est la vengeance du Démon.»

—- Joris-Karl Huysmans, Carnets, 8 mars 1903

8) «Ne maudissez pas cette douleur qui vous désespère, car elle est la charrue dont le diligent Laboureur use pour défoncer les terres de vos âmes et y semer le grain.»

—- Joris-Karl Huysmans, sainte Lydwine de Schiedam, 1901

9) «La foi, c’est le brise-lame de la vie, c’est le seul môle derrière lequel l’homme démâté puisse s’échouer en paix.»

—- Joris-Karl Huysmans, Là-Bas, 1891

10) «Pour s’immiscer un peu dans l’existence qu’elle [feue une cousine du narrateur, religieuse de son état] avait menée, il relut le mystérieux et pénétrant chapitre des «Misérables», sur le couvent du Petit-Picpus. Pristi ! c’est payer chez l’improbable bonheur d’une vie future, se dit-il.»

—- Joris-Karl Huysmans, A vau l’eau, 1882

11) «Personne ne croit plus à l’honnêteté des hommes politiques, à la valeur des généraux, à l’indépendance des magistrats ; personne ne se figure que le clergé est composé de saints. Sans admettre des exceptions qui subsistent pourtant, on a jeté dans le même sac les képis, les toques et les barrettes et envoyé le tout à la voirie ; c’est, actuellement, une sorte de malaria de l’irrespect ; et nul ne se soustrait à ce paludisme de l’âme ; tout le monde en est plus ou moins atteint, car l’on n’échappe pas à l’ambiance d’un temps.»

—- Joris-Karl Huysmans, Les foules de Lourdes, 1906

12) «Sa [Joris-Karl Huysmans] gloire n’est révélée qu’à une minorité d’initiés : les lettres l’admirent, la multitude le méconnaît, le vulgaire le dédaigne.»

—- Charles Buet, Grands hommes en robe de chambre, 1897

13)

«O croix qui veut l’austère, ô chair qui veut le doux,

O monde, ô évangile, immortels adversaires,

Les plus grands ennemis sont plus d’accord que vous

Et les pôles du ciel ne sont pas plus contraires.»

—- Joris-Karl Huysmans, poème publié dans la première édition de Sac-au-dos, 1880

14) «Il n’est de si lourde croix que de n’en point avoir.»

—- Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, 1898

15) «Huysmans ne témoigne d’aucune propension à la miséricorde. Il est misanthrope, pessimiste, convaincu de la turpitude de l’humanité. Mais, loin d’en prendre son parti, il se rue dans la boue, s’y démène en beau diable, éclabousse en un moment tous ceux qu’il aperçoit et finalement s’écrie dans une comique apostrophe «Est-ce que cette fange va continuer à couler, à couvrir de sa pestilence le vieux monde» (J.-K. Huysmans, A Rebours, 1884)».

—-Georges Lavalée, Essai sur la Psychologie morbide de Huysmans, 1917

16) «Elle exposa, un soir, carrément ses idées sur la littérature et sur la peinture. Elles pouvaient se résumer en ceci : dans un roman elle voulait des crimes, dans un tableau des choses douces. Elle obtint un succès de fou rire.»

—- Joris-Karl Huysmans, Les Soeurs Vatard, 1879

17) «La Société ? elle me dégoûte profondément — les classes dirigeantes me répugnent et les classes dirigées m’horripilent. Je me désintéresse absolument d’elles et ne désire que me retirer loin des deux.»

—- Joris-Karl Huysmans, Lettre à Gustave Coquiot, 24 décembre 1896

18) «Comme l’âme se tait quand le corps révolté la maîtrise, qu’elle est implacable lorsqu’elle reprend ses droits !»

—- Joris-Karl Huysmans, La Naïade de l’égout (in Le Drageoir aux épices), 1874

19) «Sais-tu qu’après notre mort, nos charognes sont dépecées par des vers différents, suivant qu’elles sont obèses ou qu’elles sont maigres ? Dans les cadavres des gens gras, l’on trouve une sorte de larves, les rhizophages ; dans les cadavres des gens secs, l’on ne découvre que des phoras. Ceux-là sont évidemment les aristos de la vermine, les vers ascétiques qui méprisent les repas plantureux, dédaignent le carnage des copieuses mamelles et le ragoût des bons gros ventres. Dire qu’il n’y a même pas d’égalité parfaite dans la façon dont les larves préparent la poudre mortuaire de chacun de nous ! «

—- Joris-Karl Huysmans, Là-bas, 1891

20) «Il y avait un mariage, la pucelle était grêlée comme une poêle à châtaigne et avait un suçon près de la bouche – Ajoutez à cela un air timide et cochon, une maladresse à relever sa robe, un œil sournois dirigé vers son mâle, un grand garçon, rouge et velu ; j’ai chanté hyménée ! ô hyménée.»

—- Joris-Karl Huysmans, Lettre à Théodore Hannon, 19 septembre 1877

21) «Baudelaire, le satanique Baudelaire, qui mourut chrétien, doit être une des admirations de M. Huysmans. On sent sa présence, comme une chaleur, derrière les plus belles pages que M. Huysmans ait écrites. Eh bien, un jour, je défiai l’originalité de Baudelaire de recommencer Les Fleurs du mal et de faire un pas de plus dans le sens épuisé du blasphème. Je serais bien capable de porter à l’auteur d’A rebours le même défi: « Après Les Fleurs du mal, — dis-je à Baudelaire, — il ne vous reste plus, logiquement, que la bouche d’un pistolet ou les pieds de la croix. » Baudelaire choisit les pieds de la croix.

Mais l’auteur d’A rebours les choisira-t-il ? «

—-Jules Barbey d’Aurevilly, Chronique d’»A Rebours» (in Le Constitutionnel), 28 juillet 1884

22) «Dîné hier soir chez Huysmans, retour de Lourdes. Très peu de miracles, là-bas. Le grand miracle, c’est qu’on ne meure pas à Lourdes même, étant donné l’absence d’hygiène. Huysmans a vu des malades horribles. La piscine est un bouillon de pus. Lourdes sent la vanille, la poussière, le pus. Huysmans suivait les processions, derrière les évêques et était au bureau médical. Huysmans voulait voir tout cela, une bonne fois ; il n’y retournera plus. Il était très amusant quand il disait que la Vierge ne fait pas de miracles, lorsque les évêques portent le Saint-Sacrement. Huysmans constate que Lourdes est le renversement de la mystique puisqu’on y va pour supprimer la souffrance.»

—-Abbé Mugnier, Journal, 26 septembre 1904

23) «Ce qui reste incompréhensible (…) c’est l’horreur initiale, l’horreur imposée à chacun de nous, de vivre ; mais c’est là un mystère qu’aucune philosophie n’explique.»

—-Joris-Karl Huysmans, En Route, 1895

24) «Il n’a jamais été démontré que le peuple aimât le laid de préférence au beau ; il ignore ce qu’est l’un et ce qu’est l’autre et voilà tout ; il s’enthousiasmerait aussi bien pour une belle œuvre, si on la lui montrait, que pour une laide ; mais en fait de nutriment et de breuvage artistiques, on ne lui sert, sous couvert de religion, que de la ratatouille de cantine et de la ripopée !»

—- Joris-Karl Huysmans, Les foules de Lourdes, 1906

25) « L’exécration de l’impuissance, la haine du médiocre, c’est peut-être l’une des plus indulgentes définitions du Diabolisme !»

—-Joris-Karl Huysmans, Là-Bas, 1891

26) «J’ai compris que le Pessimisme était tout au plus bon à réconforter les gens qui n’avaient pas un réel besoin d’être consolés ; j’ai compris que ses théories, alléchantes quand on est jeune et riche et bien portant, deviennent singulièrement débiles et lamentablement fausses, quand l’âge s’avance, quand les infirmités s’annoncent, quand tout s’écroule !»

—- Joris-Karl Huysmans, En route, 1895

27) «On ne peut comprendre l’art et l’aimer vraiment si l’on est un éclectique, un dilettante.»

—- Joris-Karl Huysmans, Certains, 1889

28) «Oui, il y avait, en lui, autre chose qu’un trouble génésique, qu’une explosion des sens ; c’était dévié, cette fois sur une femme, cet élan vers l’informulé, cette projection vers les là-bas qui l’avait récemment soulevé, dans l’art ; c’était ce besoin d’échapper par une envolée au train-train terrestre. Ce sont ces sacrées études hors du monde, ces pensées cloîtrées dans des scènes ecclésiastiques et démoniaques qui m’ont ainsi détraqué, se dit-il. Et il voyait juste, dans ce travail opiniâtre où il se confinait ; toute l’efflorescence d’un mysticisme inconscient, laissé jusqu’alors en friche, partait en désordre à la recherche d’une atmosphère nouvelle, en quête de délices ou de douleurs neuves !»

—- Joris-Karl Huysmans, Là-Bas, 1891

29) «Le propre de l’argent est de parfaire le mauvais goût originel des gens.»

—- Joris-Karl Huysmans, Certains, 1889

30) «Dans l’immédiat naufrage de la raison humaine voulant expliquer l’effrayante énigme du pourquoi de la vie, une seule idée surnage, au milieu des débris des pensées qui sombrent, l’idée d’une expiation que l’on sent et dont on ne comprend pas la cause, l’idée que le seul but assigné à la vie est la Douleur.»

—-Joris-Karl Huysmans, En Route, 1895

31) «Il lui pend d’un trou informe et limoneux, qui fut jadis une bouche, une langue énorme. La peau molle et violette, comme enduite de gomme, qui la recouvre, semble morte, mais le dedans remue et vit. Les joues sont descendues avec leurs poils, mais le menton est où ? Comment peut-il avaler ? Et cependant il mâche sa viande, mais en cachette, car cette langue, pleine d’on ne sait quoi qui brandouille, dégoûte même les lupus ! (…)

« Il est effrayant «, me dit l’aumônier ; et il me narre sa gêne, ce matin même où il dut communier ce pauvre homme, car il ne savait dans quelle fissure de cet antre déposer l’hostie !»

—- Joris-Karl Huysmans, Les foules de Lourdes, 1906

32) «Quel est le catholique qui soutiendra la lutte sur ce terrain contre le Très-Bas, contre le Bourgeois, car c’est peut-être là son vrai nom ?»

—- Joris-Karl Huysmans, Lettre à Jean de Caldain, 18 mars 1903 

33) «Je bûche, je rebûche, je trébuche, je suis attelé sur un chapitre effroyablement pervers que c’en est une joie ! Je dessine mon peintre impressionniste savant en corruption – Voici un échantillon des phrases douces. Une glucose quoi ! « Il eût fait la femme, lui, en chair, fanée comme la plupart de celles qui ont eu des enfants ou qui ont abusé des alcools et des luttes, il l’eût fait avec des seins lâches, un oeil qui fait feu, une bouche qui mouille !» Zuzez (sic), mon bon, du reste, quand l’hystérie monte !»

—- Joris-Karl Huysmans, Lettre à Théodore Hannon, 10 juillet 1877

34) «Entends-tu, ribaude infâme, je te hais, je te méprise… et je t’aime !»

—-Joris-Karl Huysmans, Déclaration d’amour (in Le Drageoir à épices), 1874

35) «L’imperfection même lui plaisait, pourvu qu’elle ne fût ni parasite, ni servile, et peut-être y avait-il une dose de vérité dans sa théorie que l’écrivain subalterne de la décadence, que l’écrivain encore personnel mais incomplet, alambique un baume plus irritant, plus apéritif, plus acide, que l’artiste de la même époque, qui est vraiment grand, vraiment parfait. À son avis, c’était parmi leurs turbulentes ébauches que l’on apercevait les exaltations de la sensibilité les plus suraiguës, les caprices de la psychologie les plus morbides, les dépravations les plus outrées de la langue sommée dans ses derniers refus de contenir, d’enrober les sels effervescents des sensations et des idées.»

—- Joris-Karl Huysmans, A Rebours, 1884

36) «Quelle saleté tout de même que cette hôtellerie charnelle dans laquelle je ne sais qui nous claquemure !»

—- Joris-Karl Huysmans, Lettre à Stéphane Mallarmé, 15 mars 1889

37) «Ses tendances vers l’artifice, ses besoins d’excentricité, n’étaient-ils pas en somme, des résultats d’études spécieuses, de raffinements extraterrestres, de spéculations quasi-théologiques ; c’étaient, au fond, des transports, des élans vers un idéal, vers un univers inconnu, vers une béatitude lointaine, désirable comme celle que nous promettent les Ecritures.»

—- Joris-Karl Huysmans, A Rebours, 1884

38) « [L]’Art, la femme, le Diable et Dieu furent les grands intérêts de sa [J.-K. Huysmans] vie mentale, d’ailleurs incessamment sollicitée et irritée par le détail infini des misères de l’existence. «

—-Paul Valéry, Souvenirs de J.-K. Huysmans, in Variété II, 1930

39) «L’art est, en effet, un don particulier que l’homme emploie à sa guise, bien ou mal, mais qui n’en garde pas moins, si profane qu’il soit, le caractère divin d’un don. Il est sous des apparences variées qui atteignent l’âme et affectent les sens, la reproduction du Beau unique et multiforme comme la divinité même qu’il représente un peu, dans son faible miroir, car le Beau infini, inaccessible à l’être déchu, est identique à Dieu même.»

—- Joris-Karl Huysmans, Les foules de Lourdes, 1906

40) «Je cherche des parfums nouveaux, des fleurs plus larges, des plaisirs inéprouvés.»

—-Joris-Karl Huysmans, A Rebours, 1884

41) «Il serait temps de ne plus travailler pour les bibliophiles et les artistes comme nous faisons, et arriver au vrai public, au public bête, c’est vrai, mais au public !»

—- Joris-Karl Huysmans, Lettre à Théodore Hannon, 3 décembre 1877

42) «L’érotique, comme désir d’union toujours déçu, s’oppose, chez Huysmans, à la mystique comme promesse d’union tenue.»

Anne Le Bihan, Être bien dans le mal. Baudelaire, Huysmans, Bataille, 2001

43) «Ce n’est pas aisé, lorsque l’on songe aux misères de ce monde, d’aduler la miséricorde si vantée d’un Dieu ? On a beau croire qu’il existe, être certain qu’il est bon, on ne le connait pas, en somme, on l’ignore ; Il est, en effet, il ne peut être qu’immanent et permanent, inaccessible. Il est on ne sait quoi et l’on sait tout au plus ce qu’il n’est point.»

—-Joris-Karl Huysmans, En Route, 1895

44) «De quelque côté que l’on se tourne avec la femme, on souffre, car elle est le plus puissant engin de douleur que Dieu ait donné à l’homme !»

—- Joris-Karl Huysmans, En route, 1895

45) «M. Huysmans a de fortes qualités ; ce qui lui a manqué jusqu’à présent, c’est un ami sincère qui lui dit :

— «Prenez, mon cher, tout le bagage littéraire que vous avez amassé à la sueur de votre front. — Oh ! oui, de terribles sueurs ! — Allez-moi jeter tout ça au fond de la Seine, dans l’endroit le plus malpropre, de peur d’en gâter un autre, où, par hasard, l’eau serait encore limpide. Après quoi, vous adresserez en langage intelligible une belle invocation au Bon Sens, afin de le supplier de rentrer dans votre cervelle d’où vous l’avez chassé malhonnêtement. Cette double besogne faite, reprenez votre plume, faites-la courir sur du papier blanc, et vous serez étonné de voir ce que vous pouvez faire de bon, de net, de viril, que, jusqu’à présent, — pardonnez-moi de vous le dire, — vous n’avez pas fait.»«

—-Y…, A travers champs (Chronique de En rade in La Liberté), 19 août 1887

46) «La Vérité n’est-elle pas la grande Roulure de l’esprit, la Traînée de l’âme ? (…) Surnaturelle pour les uns, terrestre pour les autres ; (…) elle caressait chacun, suivant son tempérament, suivant ses illusions et ses manies, suivant son âge, s’offrait à sa concupiscence de certitude, dans toutes les postures, sur toutes les faces, au choix.»

—- Joris-Karl Huysmans, En rade, 1887

47) «La tristesse des giroflées séchant dans un pot est plus intéressante que le rire ensoleillé des roses poussées en pleine terre.»

—- Joris-Karl Huysmans, Notes sur le Salon de 1877

48) «Le critique d’art est généralement un homme de lettres qui n’a pu produire de son propre cru une véritable œuvre.»

—- Joris-Karl Huysmans, Certains, 1889

49) «Ah ! ce qu’on a tort, décidément, de ne pas coucher qu’avec des filles qu’on paie à la nuit ! Autrement tout est ennui. (…) Il n’y a décidément de vrai que le bordel ; c’est au moins terminé après.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 8 septembre 1888

50) «L’on est bien obligé de s’avouer que les seules femmes vraiment intelligentes, vraiment remarquables, sont, hors les salons, hors le monde, à la tête des cloîtres.»

—-Joris-Karl Huysmans, En Route, 1895

51) «Hélas ! dans quel état d’abandon et d’anémie se trouve l’église, depuis qu’elle s’est désintéressée de l’art et que l’art s’est retiré d’elle !»

—- Joris-Karl Huysmans, L’Oblat, 1903

52) «C’est vraiment pas drôle, la religion, lorsqu’on exige autant de vous et j’envie bougrement les bons et simples dévots qui suivent leur petit bonhomme de chemin sans passer par toutes ces crises.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Gustave Boucher, 11 août 1893

53)

«Rue, as-tu peur ! de Sèvres onze

Subtil logis où rappliqua

Satan tout haut traité de gonze

Par Huysmans qu’il nomme J.-K.»

—-Stéphane Mallarmé, adresse versifiée sur une lettre destinée à J.-K. Huysmans, 1889

54) «Les femmes (…) sont chez elles au confessionnal, elles s’y plaisent et ne se retirent que lentement et à regret, pour céder la place à d’autres, lesquelles viennent odorer l’arôme de leurs péchés qui flotte encore dans la case et y ajoutent le parfum plus ou moins accentué des leurs. Mais aucune n’éprouve de gêne à être regardée.

Le désir de l’homme est que ça soit fini et de filer ; celui de la femme est que ça dure et de rester.»

—- Joris-Karl Huysmans, Les foules de Lourdes, 1906

55) «Je fais des livres pour dire la vérité, pour dire ce que je pense ; je ne suis inféodé à aucun parti et ne le serai jamais. Qu’ils crient !»

—- Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 21 avril 1903

56) «Ah ça, est-ce qu’il croyait que, parce qu’un prêtre avait proféré cinq mots latins sur un pain azyme,

ce pain s’était transsubstantié en la chair du Christ ? qu’un enfant accueille de pareilles sornettes, passe encore ! mais avoir franchi la quarantaine et écouter d’aussi formidables bourdes, c’était excessif, presque inquiétant !»

—- Joris-Karl Huysmans, En route, 1895

57) «L’homme peut en quelques années amener une sélection que la paresseuse nature ne peut jamais produire qu’après des siècles ; décidément, par le temps qui court, les horticulteurs sont les seuls et les vrais artistes.»

—-Joris-Karl Huysmans, A Rebours, 1884

58) «Je n’ai pas écrit En route pour des croyants, mais bien pour des incrédules, pour les gens surtout qui flottaient, ne savaient à quoi se résoudre ; ce livre a effectué de nombreuses conversions dans ce monde-là, et je persiste à penser que s’il avait été fait autrement, écrit avec ce mucilage de gomme tiède et de cendre que d’aucuns estiment, il n’aurait pas porté, n’aurait pas atteint les effets qu’il a produits.»

—-Joris-Karl Huysmans, La Vérité, 17 mai 1897

59) «Ah ! personne n’a, ici bas, la paix ! je suis de plus en plus convaincu que le but de la vie, c’est la douleur et qu’il faut que chacun en écope tout son soûl.»

—- Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 13 mai 1895

60) «Le cœur qui est réputé la partie noble de l’homme a la même forme que le pénis qui en est, soi-disant, la partie vile ; c’est très symbolique, car tout amour de cœur finit par l’organe qui lui ressemble. »

—-Joris-Karl Huysmans, Là-Bas, 1891

61) «Il me semble (…) que Huysmans est incorporé à mes souvenirs, à mon esprit même, pour une raison (…) facile à expliquer : elle relève de l’histoire. J’imagine avoir connu dans mon enfance un Paris différent d’aujourd’hui, une ville sombre et boueuse, gros pavés et crottin, réverbères à papillons, omnibus à marche-pied, paletots mastics, froufrous et voilettes… Même si je ne l’ai pas aperçu, strictement parlant, il figure dans mon passé. Je le vois sous le même éclairage lugubre et grimaçant que le voyait un chef de bureau en tube, le parapluie sous le bras, qui retroussait son pantalon sur la place Saint-Sulpice. Par une illusion puissante et baroque, cette cité de rêve morose me paraît plus réelle que celle d’aujourd’hui, où il me semble que règnent la jeunesse et la clarté. Là-bas, rien ne m’étonne, ni qu’il y eût des gargotes pour saturniens, ni qu’il y eût des chapelles pour messes noires. Je suis un citoyen de ce monde idéal ; persuadé d’y avoir vécu et d’y mourir. Aucun des auteurs que j’aime ne m’a jamais enveloppé d’une atmosphère si tyrannique. C’est peut-être, diront les sages, une intoxication déplorable, l’acclimatation d’un rat de plein air à la lumière des égouts. Mais l’ironie n’y fait rien, et je me l’applique en vain à moi-même. Il n’y a pas beaucoup de livres que j’aimerais emporter dans une île déserte. Il y en a moins encore que je voudrais entre mes bras, dans mon cercueil ; mais si l’on voulait choisir un bouquin profane à mettre sur ma tombe (en place des roses et du lait, dont je ne veux point du tout), je crois bien que je désignerais «En Route».»

—-André Thérive, Huysmans pris au sérieux (in Le Divan n° 129), mai 1927

62) «Créée incomplète dans la prévision du rôle que l’homme lui assignera, la nature attend de ce maitre son parachèvement et son coup de fion.»

—-Joris-Karl Huysmans, Vue des Remparts du nord-Paris (in Croquis parisiens), 1880

63) «J’ai vécu pour l’art – et – aujourd’hui que j’ai 45 ans, j’aperçois son néant, et la parfaite vanité de ce qu’on nomme la notoriété. Ce sont des viandes creuses et dupantes, nulles.»

—-Joris-Karl Huysmans, Letre à Arij Prins, 3 avril 1893

64) «Huysmans a redit qu’il n’y a pas de talent sans péché, que pour avoir du talent il faut avoir couché avec des femmes. Il va même plus loin. Baiser, dit-il, une femme, dessus, ne suffit pas. Il faut du vice pour avoir du talent. Voilà une thèse curieuse. Dans quelle mesure est-elle vraie ?»

—-Abbé Mugnier, Journal, 1879-1939, 19 mai 1905

65) «Ah ! Se dit-il, le bonheur consiste certainement à être interné dans un lieu très fermé, dans une prison bien close, où une chapelle est toujours ouverte.»

—-Joris-Karl Huysmans, En route, 1895

66) «On aime à s’imaginer M. Huysmans sous la figure emblématique d’une chèvre malingre, attachée à un piquet dans le coin le plus abrupt et le plus pelé du champ naturaliste, et broutant l’herbe médanienne. Il a aussi dans l’esprit du soubresaut et de la caprication. Il était là, rébarbatif, provocant et mélancolique. Il y serait encore, si n’était passé un jeune gentilhomme, des Esseintes ou Gilles de Rais, qui délia la chèvre, l’emmena, lui dora les cornes, lui parfuma la barbiche et l’envoya au Sabbat d’où elle est revenue; et en vignette de légende dorée, exorcisée et blanchie, elle vieillit parmi les arbres en quinconces de l’enclos des Pères, au bruit des cloches et des psalmodies.»

—-Henri de Régnier, Portraits – J.-K. Huysmans (in Entretiens politiques et littéraires), 1892

67) «Les plaisanteries scatologiques sont encore chères aux gens d’église et c’est assez naturel ; les autres, celles sur les femmes, qui délectent les laïques, aux fins de repas, entre hommes, leur sont interdites ; ils se rattraperont donc sur celles-là qui ne sont ni plus malpropres, ni plus sottes,  d’ailleurs ; – et elles ont au moins cet avantage d’être innocentes.»

—- Joris-Karl Huysmans, L’Oblat, 1903

68) «Artiste, Huysmans le fut plus qu’aucun écrivain de ce siècle. Il l’est resté, Dieu merci, après sa conversion, quoiqu’en disent certains galopins des lettres, dont l’opinion n’a pas d’importance.»

—- Henry Moeller, Un artiste chrétien (in Durendal), 1907

69) «Il savait pourtant bien que, quelle qu’elle soit, la femme est un haras de chagrins et d’ennuis. Si elle est bonne, elle est souvent par trop bête, ou alors elle n’a pas de santé ou bien encore elle est désolamment féconde, dès qu’on la touche. Si elle est mauvaise, l’on peut s’attendre, en plus, à tous les déboires, à tous les soucis, à toutes les hontes. Ah ! quoi qu’on fasse, on écope !»

—-Joris-Karl Huysmans, Là-Bas, 1891

70) «Ah ! le souffle mystique qui fait que l’âme d’un artiste s’incorpore dans de la couleur, sur une toile, dans de la pierre sculptée, dans de l’écriture, et parle aux âmes des visiteurs aptes à le comprendre, combien le possédèrent !»

—-Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, 1898

71) «Au fond, si l’on n’est pas pessimiste, il n’y a qu’à être chrétien ou anarchiste ; un des trois pour peu qu’on y réfléchisse.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Emile Zola, mars 1884

72) «Son [Joris-Karl Huysmans] plus constant principe est en effet de ne jamais remettre ses pas dans ses propres traces littéraires. A ses yeux, l’exploitation répétée de la même «formule» romanesque est une facilité stérilisante à laquelle il accuse ses concurrents de céder.»

—-Jean-Marie Seillan, Introduction générale aux œuvres complètes de J.-K Huysmans (Tome IV), 2019

73) «Les châtiments de la justice terrestre sont, au point de vue de l’amélioration des instincts, résolument nuls ; la prison est utile parce qu’elle nous préserve, pendant le temps qu’elle les interne, des gueux, mais elle ne les assagit pas, elle les détraque ; elle achève de putréfier ceux qu’elle isole ; elle devient pour la pègre un tremplin de vanité, car, dans cette classe-là, les condamnations sont des titres et le bagne est une gloire. A moins donc de les déporter tous au loin ou de les tuer, l’on ne peut agir que par les voies surnaturelles sur les gredins.»

—-Joris-Karl Huysmans, La Bièvre et Saint-Séverin, 1898

74) «Quel bourreau vous êtes du «convenu.»«

—- Abbesse Cécile Bruyère, Lettre à J.-K. Huysmans, 6 février 1898

75) «Le Seigneur vous laissera-t-il tomber jusqu’au fond du cloaque avant que de vous tendre la main pour vous relever, j’en ai bien peur. Le Tout-Puissant est évidemment beau joueur, mais n’est-ce pas effrayant de voir qu’il a laissé au démon les meilleurs atours : l’argent et la chair !»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à l’abbesse Cécile Bruyère, 20 novembre 1900

76) «Le tout est de savoir s’y prendre, de savoir concentrer son esprit sur un seul point, de savoir s’abstraire suffisamment pour amener l’hallucination et pouvoir substituer le rêve de la réalité à la réalité même.»

—-Joris-Karl Huysmans, A Rebours, 1884

77) «Le Pape est un ignare et un imbécile. À l’heure actuelle, ils songent au Vatican à fonder des index diocésains pour embêter les écrivains catholiques !! — C’est la machine en arrière, à l’époque où elle devrait aller de l’avant — rendre le catholicisme plus large, plus supportable. Il n’y a rien à faire avec ces gens-là !»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Mme Théophile Huc, 3 juillet 1904

78) «On ne peut comprendre l’art et l’aimer vraiment si l’on est un éclectique un dilettante. (…) Car l’on n’a pas de talent si l’on aime avec passion ou si l’on ne hait de même ; l’enthousiasme et le mépris sont indispensables pour créer une œuvre ; le talent est aux sincères et aux rageurs, non aux indifférents et aux lâches.»

—- Joris-Karl Huysmans, Certains, 1889

79) «Je dois aller ce soir chez Zola. Une vraie corvée. Cet homme ne parle plus que de théâtre, lui et les siens – Théâtre et argent ! C’est insupportable – je ne m’ennuie pas plus dans ma famille.

Au fond, toutes les Soirées de Medan sont composées de charcutiers, de commerçants. Il n’y en a pas un seul parmi eux – et j’ai honte d’en avoir fait partie – qui soit réellement soulevé par l’art.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 23 février 1888

80) «L’imagination est décidément une bien belle chose ; elle permet de prêter aux gens des idées encore plus sottes que celles qu’ils ont eues sans doute.»

—- Joris-Karl Huysmans, Les Folies-Bergères (in Croquis parisiens), 1880

81) «Cette véhémence, ce dépassement continuel de la pensée, ce besoin de ne s’exprimer qu’au superlatif, comme si les termes exactement mesurés avaient perdu l’usage de leur vertu, est un trait bien caractéristique de l’écrivain lui-même.»

—-Marcel Cressot, La Phrase et le vocabulaire de J.-K. Huysmans, 1938

82) «J’ai beau faire, la montagne pour elle-même ne m’excite pas. Avec ses nuages blancs sur les pics et les neiges, elle joue le rôle d’une mer immobile et muette. C’est de l’océan pétrifié et mort. Ca ne vit un peu que par le soleil qui nous colore, mais c’est des murs de Mazas qui nous séparent du ciel. C’est de la paralysie de colère jadis liquide…»

—- Joris-Karl Huysmans, Lettre à l’abbé Mugnier, 12 mars 1903

83) «Et j’avoue que je rêve à cette femme enfermée toute vivante et à laquelle on passait, comme à sainte Thaïs, par une ouverture, un morceau de pain et un peu d’eau. Elle réparait sans doute les outrages des truands, les ribotes des écoliers et des filles. Dame Flore ! et je songe à sa triste homonyme, à celle connue sous ce nom dans le monde des bouges, à cette fillette aux yeux de souris et au rire presque frais qui fréquenta chez Triollet et chez le Père Lunette et qui fut, dans ce dernier repaire, frappée de sept coups de tranchet et transférée à l’Hôtel-Dieu où elle mourut.»

—-Joris-Karl Huysmans, La Bièvre et Saint-Séverin, 1898

84) «Il est inouï qu’un écrivain ait prétendu se convertir sans désavouer ses écrits scandaleux.

Il est inouï qu’un écrivain converti ait continué de faire argent des œuvres immorales de sa vie passée.

Il est inouï qu’en se convertissant, il ait parlé des choses saintes dans les termes répugnants qui lui étaient autrefois familiers.

Il est inouï que, rentré dans l’Église, il use de ses premières libertés pour outrager le sacerdoce tout entier, couvrir de ridicule les fidèles et attaquer indignement les plus respectables objets de leur dévotion.»

—-Abbé François Belleville, La Conversion de M. Huysmans, 1898

85) «L’un des symptômes les plus déconcertants de cette époque, c’est la promiscuité dans l’admiration. L’art étant devenu, comme le sport, une des occupations recherchées des gens riches, les expositions se suivent avec un égal succès, quelles que soient les œuvres qu’on exhibe, pourvu toutefois que les négociants de la presse s’en mêlent et que les étalages aient lieu dans une galerie connue, dans une salle réputée de bon ton par tous.»

—- Joris-Karl Huysmans, Certains, 1889

86) «La créature humaine est née égoïste, abusive, vile. Regardez donc autour de vous et voyez ! une lutte incessante, une société cynique et féroce, les pauvres, les humbles, hués, pilés par les bourgeois enrichis, par les viandards ! Partout le triomphe des scélérats ou des médiocres, partout l’apothéose des gredins de la politique et des banques ! Et vous croyez qu’on remontera un courant pareil ? Non, jamais, l’homme n’a changé ; son âme purulait au temps de la genèse, elle n’est, à l’heure actuelle, ni moins fétide. La forme seule de ses péchés varie ; le progrès c’est l’hypocrisie qui raffine les vices !»

—-Joris-Karl Huysmans, Là-Bas, 1891

87) «C’est triste à dire, mais c’est vrai, c’est en dehors de la littérature même qu’il faut chercher les esprits et les âmes.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 8 août 1892

88) «Je suis encore trop homme de lettres pour faire un moine et je suis cependant déjà trop moine pour rester parmi les gens de lettres.»

—-Joris-Karl Huysmans, En Route, 1895

89) «À n’en pas douter, cette séance de table tournante a joué un rôle dans la conversion de Huysmans. Il m’en parla longtemps. Il avait vu Dieu dans le guéridon dansant, comme Moïse l’avait vu dans le buisson ardent. Quand on demande des preuves du surnaturel, l’on en reçoit toujours.»

—-Remy de Gourmont, Souvenirs sur Huysmans (in Promenades Littéraires), 1924

90) «Le public catholique est stupide, abêti par sa littérature spéciale et par ses prêtres qui sont, il faut bien l’avouer, pour la plupart, au-dessous de tout. Mais quoi ! Il n’y a pas à s’occuper de lui en écrivant. Nous n’écririons plus rien, alors.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Grillot de Givry, 17 mars 1903

91) «De Céline Vatard à Lydwine de Schiedam, la distance paraît incommensurable mais le principe de la violence subie et réclamée comme une jouissance par les femmes ne se dément pas.»

—-Jean-Marie Seillan, Introduction générale aux œuvres complètes de J.-K Huysmans (Tome I), 2017

92) «N’exècre l’église que celui qui craint ses reproches et ceux de sa conscience.»

—- Joris-Karl Huysmans, L’Oblat, 1903

93) «A l’abbé Mugnier qui lui demandait s’il aimait Chateaubriand, il répondit un jour laconiquement : «Pas des masses, l’abbé ! » »

—-Robert Baldick, La Vie de J.K. Huysmans, 1958

94) «Le Purgatoire d’un converti, c’est de vivre parmi les catholiques et de subir l’art religieux des églises.»

—-Joris-Karl Huysmans, Carnets, 24 mars 1903

95) «Moins un peintre a reçu d’éducation, et plus il veut faire du grand art ou de la peinture à sentiments. Un peintre élevé chez des ouvriers ne représentera jamais des ouvriers niais bien des gens en habit noir, qu’il ne connaît pas. On ne saurait décidément nier que l’idéal ne soit une bien belle chose !»

—-Joris-Karl Huysmans, Le salon de 1879 (in L’Art moderne), 1883

96) «Je suis revenu, ici, depuis quelques jours, appelé à Paris par cette affaire Goncourt qui s’annonce comme l’une des plus ridicules mystifications qui se puisse voir. (…) Il y a réunion 1 fois par mois, mais je n’y mettrai pas les pieds, n’ayant nulle envie de dépenser un voyage mensuel à Paris, pour présider cette association de gens où tous s’exècrent d’ailleurs.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 25 avril 1900

97) «Tu crois manger du turbot parce que c’est écrit sur la carte, comme s’il y avait encore du turbot ! Imbécile ! C’est du carrelet que tu béquilles, c’est comme les choses qui seraient véritablement bonnes, ça n’existe pas ! C’est décidément bien vrai qu’il n’y a que la foi qui sauve… et la bêtise…»

—-Joris-Karl Huysmans, Marthe. Histoire d’une fille, 1876

98) «Je ne sais pas s’il s’est jamais vu un aussi ferme parti pris d’éconduire la Vérité et la Beauté pour n’admettre que l’anomalie et la déviation, — l’exception même étant abhorrée, si elle impliquait l’équilibre de la force ou de la grandeur.»

—-Léon Bloy, Critique de Là-Bas de J.-K. Huysmans (in La Plume), 1er Juin 1891

99) «Il n’existe, en effet, je crois, aucune langue qui ait été plus choyée que la nôtre. (…) Mais ce flamand de Joris-Karl malmène la noble langue de dessein prémédité, avec une férocité froide et des raffinements de torture. II la veut laide, crasseuse, sordide. Il lui arrache les fleurs, timides ou orgueilleuses, dont elle aime à se parer. Il souille, il déchire son corsage couleur du soleil et sa robe couleur du temps. Alors, il lui inflige une toilette sauvage, d’âcres parfums, des bracelets de plomb et de hideuses pendeloques. Il lui apprend des mots inouïs, des gestes d’esclave ; et, comme la souple créature, invinciblement belle, garde malgré lui un port de reine, il la disloque, il la plie en deux, tant qu’enfin, boiteuse, essoufflée, les mains pleines de verrues, les joues sablées de pustules, elle épouvante, elle désole les plus barbares de ses amoureux.»

—-Henri Bremond, Le Correspondant, 10 juin 1907

100) «L’homme n’est-il pas induit aux délits et aux crimes par la femme qui est, elle-même, presque toujours perdue par sa semblable ? Elle est, en somme, le grand vase des iniquités et des crimes, le charnier des misères et des hontes, la véritable introductrice des ambassades déléguées dans nos âmes par tous les vices.»

—- Joris-Karl Huysmans, Certains, 1889

101) «L’éducation religieuse ne préserve donc pas des fautes, elle aide même peut-être à les susciter par la peur qu’elle en suggère, qui tourne à l’idée fixe et amène fatalement à la tentation.»

—Joris-Karl Huysmans, Les rêveries d’un croyant grincheux, 1904 (publication posthume en 1996)

102) «Il est à remarquer aussi que le sanctuaire le plus puissant de Paris, Notre-Dame-des-Victoires, est situé à deux pas de la Bourse ; c’est la forteresse du Bien opposée à la forteresse du Mal.»

—-Joris-Karl Huysmans, La Bièvre et Saint-Séverin, 1898

103) «J’avoue […] que, lorsqu’il m’arrive d’ouvrir un livre et que j’y aperçois l’éternelle séduction et le non moins éternel adultère, je m’empresse de le fermer, n’étant nullement désireux de connaître comment l’idylle annoncée finira. Le volume où il n’y a pas de documents avérés, le livre qui ne m’apprend rien ne m’intéresse plus.»

—-Joris-Karl Huysmans, Préface écrite vingt ans après le roman (in A Rebours), 1903

104) «Mon pauvre ami, j’ai grand peur que l’universelle connerie ne s’aggrave de jour en jour.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Guy de Maupassant, mars 1882

105) «Je veux montrer à Zola, à Charcot, aux spirites et aux autres que rien n’est expliqué des mystères qui nous entourent. Si j’ai une preuve des succubes, je veux en attester l’existence, démontrer que toutes les théories matérialistes de Maudsley et autres gens sont fausses, que le diable existe, que le diable règne, que sa puissance du moyen-âge n’est pas éteinte, puisqu’il est aujourd’hui le maître absolu, l’Omniarque.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à l’abbé Joseph-Antoine Boullan, 7 février 1890

106) « La Providence me fut miséricordieuse et la Vierge me fut bonne. Je me suis borné à ne pas les contrecarrer lorsqu’elles attestaient leurs intentions ; j’ai simplement obéi ; j’ai été mené par ce qu’un appelle « les voies extraordinaires » ; si quelqu’un peut avoir la certitude du néant qu’il serait, sans l’aide de Dieu, c’est moi.»

—-Joris-Karl Huysmans, Préface écrite vingt ans après le roman (in A Rebours), 1903

107) «Il n’y a pas plus de raison, en effet, de protéger et de médailler les peintres qu’il n’y a de raison d’aider et de décorer les littérateurs et les musiciens (…) car moins on a de talent et plus on a de chance de gagner sa vie dans l’art !»

—-Joris-Karl Huysmans, L’Art moderne, 1883

108) «Il [Huysmans] s’est contenté de la mission modeste de l’écrivain, qui vit de toutes ses forces une vérité et la rayonne autour de lui par les moyens en son pouvoir. Flatter le lecteur pour l’allécher n’est jamais entré dans ses vues.»

—-Révérend père Jean-Martial Besse, Joris-Karl Huysmans, 1917

109) «C’était fou cela ! (…) Il avait suffi qu’une œuvre ne se contentât plus de raconter de simples historiettes ou d’aimables mensonges se terminant par des conclusions de vertu récompensée et de vice puni, pour qu’aussitôt la pudeur de la bedeaudaille se mit à braire !»

—-Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, 1898

110) « Ah ! lorsque le Diable se fait bondieusard, ce qu’il devient terrible !»

—- Joris-Karl Huysmans, Les foules de Lourdes, 1906

111) «Il [le chanoine Docre] évoque le Diable, nourrit des souris blanches avec des hosties qu’il consacre ; sa rage du sacrilège est telle qu’il s’est fait tatouer sous la plante des pieds l’image de la Croix, afin de pouvoir toujours marcher sur le Sauveur !»

—- Joris-Karl Huysmans, Là-bas, 1891

112) «Je me dis tout bas que ce que nous demandons, ici, à la Vierge, est fou ! Lourdes a pris, en quelque sorte, le contre-pied de la Mystique, car enfin l’on devrait, devant la grotte, réclamer non la guérison de ses maux, mais leur accroissement ; l’on devrait s’y offrir en expiation des péchés du monde, en holocauste !»

—-Joris-Karl Huysmans, La procession du Saint Sacrement le 8 septembre, 1904 (in Le Mois littéraire et pittoresque), septembre 1906

113) «[Certains] mériteraient (…) qu’on s’arrêtât devant leur infortune, je veux parler des pauvres diables pour qui le Christmas, la Saint-Sylvestre, le jour de l’an sont des jours aussi pénibles que les trois cent soixante-deux autres de l’année; ceux-là ne reçoivent ni ne donnent de cadeaux, ce qu’ils voudraient ce serait manger une fois tout leur soûl ; je veux parler aussi des enfants pauvres qui se collent le nez sur la vitre d’une boutique et restent là, haletants, extasiés, devant les poupées habillées de rouge et de vert.»

—-Joris-Karl Huysmans, Bonjour bon an (in L’Artiste), 6 janvier 1878

114) «La misogynie du romancier n’est pas celle du bourgeois : là où le bourgeois méprise la femme à des fins de domination sociale, l’écrivain se débarrasse de la femme réelle à la faveur de figures spirituelles dans les romans dits de la conversion et qu’incarnera par excellent sainte Lydwine, à laquelle Huysmans consacrera une biographie en 1901.»

—-Jean-Pierre Bertrand, Notice d’Un Dilemme (Ed. La Pleiade), 2019

115) «On peut dire qu’il [J.-K. Huysmans] traversa ce monde, comme d’autres passagers sensibles traversent l’Océan, le dégoût persistant au cœur et la nausée sans cesse aux lèvres, prête à fuser.»

—-Octave Uzanne, Un grand dégoûté. J.-K. Huysmans (in La Dépêche), 16 mai 1907

116) « C’est par la vision du surnaturel du mal que j’ai eu d’abord la perception du surnaturel du bien. Ceci dérivait de cela. De sa patte crochue, le démon m’a conduit vers Dieu.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Firmin Van den Bosch (citée sans date dans «Impressions de littérature contemporaine, 1905)

117) «Il n’y a de réellement obscènes que les gens chastes. Tout le monde sait, en effet, que la continence engendre des pensées libertines affreuses, que l’homme non chrétien et par conséquent involontairement pur, se surchauffe dans la solitude surtout, et s’exalte et divague ; alors, il va mentalement, dans son rêve éveillé, jusqu’au bout du délire orgiaque.

Il est donc vraisemblable que l’artiste qui traite violemment des sujets charnels, est, pour une raison ou pour une autre, un homme chaste.»

—-Joris-Karl Huysmans, Certains, 1889

118) «Je suis pour les reines délaissées, pour les églises désertes, pour les chapelles noires.»

—-Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, 1898

119) «Il [J.-K. Huysmans] ne fait plus de romans, il fait des livres, et il les conçoit selon un agencement original ; je crois que c’est une des causes pour quoi quelques-uns contestent encore sa littérature et la trouvent immorale.»

—-Remy de Gourmont, Le Livre des masques, 1896

120) «Il approcha les hommes de lettres. (…) Ce fut un nouveau leurre ; il demeura révolté par leurs jugements rancuniers et mesquins, par leur conversation aussi banale qu’une porte d’église, par leurs dégoûtantes discussions, jaugeant la valeur d’une œuvre selon le nombre des éditions et le bénéfice de la vente.»

—-Joris-Karl Huysmans, A Rebours (notice), 1884

121) «Le critique d’art est généralement un raté des Lettres qui n’a pu produire, de son propre cru, aucune oeuvre. Parmi eux, quelques-uns ont la vacuité de cervelle des hommes du monde, qu’ils envient et singent ; leurs opinions sont prévues dès lors. Mais il en est d’autres plus ouverts et plus rusés qui professent, sous le nom de dilettantisme, la nécessité de ne pas compromettre, le besoin de ne rien affirmer, l’hypocrisie, pour tout dire, de la pensée et la papelardise de la forme.»

—-Joris-Karl Huysmans, Le Salon 1885 (in L’Evolution sociale), 16, 23 et 30 mai 1885

122) «Ne vous plaignez pas de la difficulté, la bienheureuse difficulté. Elle vous ouvre les portes du paradis de I’art. Car il ne faut pas vous le dissimuler : c’est une montée au Golgotha que Ie métier d’écrivain ! Méfiez-vous de la facilité. Elle a perdu bien des vocations naissantes. Quand un jeune auteur se vante d’écrire au courant de la plume, je pense qu’il est un grimaud. Le pire c’est qu’on n’est jamais au bout de sa peine. L’habitude et l’expérience ne servent à rien. Ce qu’on gagne en métier, on Ie perd en flamme. Et puis à mesure que les sujets se raréfient, on devient plus exigeant avec soi-même. On voudrait atteindre à la perfection ! La perfection !»

—-Joris-Karl Huysmans (rapporté par Mme Myriam Harry), Les nouvelles littéraires, 12 février 1948

123) «Quelle singulière époque, se disait des Esseintes, que celle qui, tout en invoquant les intérêts de l’humanité, cherche à perfectionner les anesthésiques pour supprimer la souffrance physique et prépare, en même temps, de tels stimulants pour aggraver la douleur morale !»

—-Joris-Karl Huysmans, A Rebours, 1884

124) «Huysmans n’aimera point à écrire pour édifier, encore moins pour donner des bénédictions. Son tempérament de barbare l’a toujours fait passer au plus vite sur ce qui est régulier. Il ne goûte point le classique. Il ne se complaît qu’à décrire l’extraordinaire, le légendaire, l’anormal, le baroque, fût-il monstrueux, dartreux et malodorant. Peindre avec éclat, crûment, disposer ses expressions, agencer ses phrases, non pour plaire, mais pour frapper, voilà son plaisir. Critiquer, combattre, fustiger, c’est ce dont il ne peut se départir. Et pourtant, le converti va faire œuvre apologétique.»

—-Dom J.-B. Monnoyeur, Joris-Karl Huysmans converti et oblat de Ligugé, 1934

125) « Cette littérature à effets, cette surenchère des qualificatifs qui pourrait passer chez d’autres pour la volupté de surprendre, pour se séparer des confrères de langue commune, pour prendre la pose, est l’œuvre d’un homme simple, l’œuvre d’un homme vrai. »

—-Guy Chastel, J.-K. Huysmans et ses amis, 1957

126) «Les sujets ne sont rien par eux-mêmes. Tout dépend de la façon dont ils sont traités ; et il n’en est point d’ailleurs de si licencieux et de si sordides qui ne se purifient au feu de l’art.»

—-Joris-Karl Huysmans, Le Salon officiel de 1881 (in L’Art moderne), 1883

127) «Les insultes sont un bon fumier de talent, et je vous félicité, mais vraiment, d’en recevoir – Je parle en homme qui en possède un in folio énorme. Quand je me sens découragé, bête, par trop doutant de moi, ce qui arrive souvent hélas ! je relis les plus violentes et ça me tonifie, ça me relève ! – Je me trouve moins médiocre – moins sot – C’est bon tout de même d’être couvert de boue par les imbéciles – vous verrez cela – Ca rendrait presque orgueilleux – C’est là le brisant à éviter.»

—- Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 29 mai 1886

128) «1893 est une année si terrible qu’elle peut débuter par le triomphe de la magie noire… Je suis accablé depuis ce matin où le télégramme [annonçant la mort du sulfureux abbé Boullan] m’arriva.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Julie Thibault, 4 janvier 1893

129) «On se redivise, comme pour «En Route», bien entendu. Au reste, il y aura beau ne pas avoir ni une silhouette de femme, ni un mot charnel, dans «La Cathédrale», ce sera la même chose. Au fond, c’est excellent pour les ventes, et pour occuper d’un livre. «

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à l’abbé Gabriel Ferret (?), 22 février 1897

130) «Hüysmans est le plus prodigieux artiste que possède notre Ecriture et, qu’à cet égard, il a, même sur moi, de l’emprise. Et puis c’est une âme admirable, un grand brave homme exaspéré contre la muflerie ambiante»

—-Léon Bloy cité par Gustave Guiches (in Le Banquet), 1926

131) «Il ne ressentait aucun désir d’implorer un Dieu dont la miséricorde lui semblait des moins probables ; et cependant la sympathie qu’il conservait pour ses anciens maîtres arrivait à le faire s’intéresser à leurs travaux, à leurs doctrines ; ces accents inimitables de la conviction, ces voix ardentes d’hommes d’une intelligence supérieure lui revenaient, l’amenaient à douter de son esprit et de ses forces. (…)

L’Église a préservé de la barbarie, au moyen âge, la philosophie, l’histoire et les lettres, de même elle a sauvé l’art plastique, amené jusqu’à nos jours ces merveilleux modèles de tissus, de joailleries que les fabricants de choses saintes gâtent le plus qu’ils peuvent, sans en pouvoir toutefois altérer la forme initiale, exquise. (…)

Mais, il avait beau invoquer toutes ces raisons, il ne parvenait pas complètement à se convaincre. Certes, en se résumant, il persistait à considérer la religion ainsi qu’une superbe légende, qu’une magnifique imposture, et cependant, en dépit de toutes ces explications, son scepticisme commençait à s’entamer. (…)

Si les romanciers parlent du coup de foudre de l’amour, un certain nombre de théologiens parlent aussi du coup de foudre de la religion.»

—-Joris-Karl Huysmans, A Rebours, 1884

132) «Pour moi, la patrie, c’est où je prie bien.»

—-Joris-Karl Huysmans, En Route, 1895

133) «Strasbourg (…)

La ville n’abonde pas de pissotières, mais enfin, il y en a – une chiotte –

(…)

Fribourg-en-Brisgau (Grand-Duché de Bade) (…)

Pas un urinoir, dans cette ville !»

(…)

Mayence (Grand-Duché de Hesse) (…)

Chiottes et pissotières partout ici.

(…)

Francfort-sur-le-Main  (…)

Des chiottes et des pissotières par toute la ville.

(…)

Cologne (…)

Ah ! l’immonde ville ! pissotières si rares, qu’il faut revenir pour pisser à la gare.»

—-Joris Karl Huysmans, Carnet dit «Voyage aux cathédrales rouges», 1903

134) «Lourdes est un immense hôpital Saint-Louis, versé dans une gigantesque fête de Neuilly ; c’est une essence d’horreur égouttée dans une tonne de grosse joie ; c’est à la fois et douloureux et bouffon et mufle. Nulle part, il ne sévit une bassesse de piété pareille, un fétichisme allant jusqu’à la poste restante de la Vierge ; nulle part encore, le satanisme de la laideur ne s’est imposé, plus véhément et plus cynique.»

—- Joris-Karl Huysmans, Les Foules de Lourdes, 1906

135) «J’ai beau saisir que la Douleur est le vrai désinfectant des âmes, je suis pourtant obligé de me demander pourquoi le Créateur n’a pas inventé un moyen de nous purifier moins atroce.»

—-Joris-Karl Huysmans, En Route, 1895

136) «Quel chambard dans l’Eglise il faudrait, pour la remettre dans sa vraie voie ! Elle se meurt de sa monomanie d’autorité, de sa passion du lucre, de sa monomanie du gain. Cela commence au rendement des chaises, aux mandements impératifs d’évêques, pour finir au denier de saint Pierre.»

—Joris-Karl Huysmans, Les rêveries d’un croyant grincheux, 1904 (publication posthume en 1996)

137) «Nous savions bien quel artiste très particulier est Huysmans, à la fois trivial et raffiné, introduisant volontiers un mot cru dans une pensée délicate, grand fouilleur de bouquins où l’on découvre des bizarreries, et n’hésitant jamais à choquer, pourvu qu’il étonne. Ne prendrons-nous donc jamais cette bonne habitude d’accepter un écrivain tel qu’il est, quand nous reconnaissons en lui un tempérament original et un talent supérieur ?»

—-François Coppée, Renaissance chrétienne (in La bonne Souffrance, chapitre XVI), 10 mars 1898

138) «Monsieur Huysmans est un homme dépravé, amoureux de toutes les nuances du vices, frêle et nerveux à l’excès. Il ne comprend, en fait, d’art, que le moderne, il se soucie peu de la défroque des époques vieillies, il affirme qu’on ne doit décrire que ce qu’on peut fréquenter et voir.»

—-Anonyme, Le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 25 octobre 1879

139) «Ils (les artistes soutenus par l’Etat) implorent constamment l’aide et le contrôle de l’État, au lieu de l’envoyer à tous les diables, de repousser ces enfantillages qu’on appelle les mentions et les médailles, de tâcher enfin de marcher sur leurs jambes.»

—-Joris-Karl Huysmans, L’Art moderne, 1883

140) «Je crois que la plume peut lutter avec le pinceau et même donner mieux et je crois aussi que ces tentatives ont élargi la littérature actuelle.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Marcel Bartilliat, 3 septembre 1891

141) «Tout lecteur de «A Rebours» arrive à la fin du volume dans un sentiment complexe fait d’intérêt passionné et de malaise inexprimable. Il a aperçu de nouvelles terres peuplées d’êtres étranges, le royaume de l’anormal, du morbide et du pervers. Et, porté par une tendance bien moderne à méconnaître ce qui passe le banal bon sens, il a tôt fait de s’écrier «C’est l’œuvre d’un fou.»«

—-Georges Lavalée, Essai sur la Psychologie morbide de Huysmans, 1917

142) «J’ai crainte (…) que toute idée surélevée, que tout concept qui n’est pas le lieu commun, le pont neuf connu, cher à tous, ne soit considéré dans ce siècle de panmuflisme, comme le symptôme d’une fêlure.»

—- Joris-Karl Huysmans, Là-Haut, vers 1891

143) «Le culte du démon n’est pas plus insane que celui de Dieu ; l’un purule et l’autre resplendit, voilà tout ; à ce compte-là, tous les gens qui implorent une divinité quelconque seraient déments ! Non, les affiliés du satanisme sont des mystiques d’un ordre immonde, mais ce sont des mystiques.»

—-Joris-Karl Huysmans, Là-Bas, 1891

144) «Il y a une sorte d’affaissement des devoirs, de déchéance d’énergie dans les pays qui sont plus particulièrement les fiefs spirituels du Saint-Siège. «

—-Joris-Karl Huysmans, sainte Lydwine de Schiedam, 1901

145) «Si l’au-delà du Bien, si le là-bas de l’Amour est accessible à certaines âmes, l’au-delà du Mal ne s’atteint pas.»

—- Joris-Karl Huysmans, Là-Bas, 1891

146) «Il faut être bien ignorant, du reste, pour nier, en ne se plaçant même qu’au point de vue pratique, la puissance de l’art. Il a été l’auxiliaire le plus sûr de la mystique et de la liturgie, pendant le Moyen-Age ; il a été le fils aimé de l’église, son truchement, celui qu’elle chargeait d’exprimer ses pensées, de les exposer dans des livres, sur des porches de cathédrales, dans des retables, aux masses.»

—- Joris-Karl Huysmans, L’Oblat, 1903

147) «On se demande quels hommes, quelles choses, quels principes contemporains, Hüysmans n’a pas conspués. Le monde des lettres, le théâtre, la médecine, la pharmacie, l’amour, son concierge, l’argent, les poêles mobiles, le spiritisme, l’architecture, la femme, la cuisine du restaurant, la peinture, Saint-Sulpice, cette gare, la Tour Eiffel, ce chandelier creux, les sophistications de gloire, de produits alimentaires et d’art ; il a tout craché, tout nié. Il ne se réjouit qu’au-dessus et hors de son temps.»

—-Lucien Descaves, J.-K. Huysmans (in L’Evénement), 25 avril 1891

148) «A mesure que le soi-disant progrès viendra, développant les instincts fétides des peuples, plus excités, plus malheureux, plus compréhensibles pourtant aux jouissances désirées, aux paresses et aux débauches, à mesure l’irrémédiable décadence règnera – ce dont je ne me plains pas car c’est dans ce fumier que pousse çà et là une rare fleur.»

—-Joris-Karl Huysmans, Notes préparatoires pour le chapitre «Gustave Moreau» de Certains, 188…

149) «Il me semble que dans ce colossal Empire du Panmuflisme où nous vivons, nous sommes quelques-uns d’égarés, croyant à l’art, et nous que devrions nous serrer un peu les coudes, car sans cela, nous ne sommes faits pour vivre avec personne.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Paul Verlaine, 12 mars 1888

150) «Huysmans condamne éloquemment les églises qui ne sont pas ouvertes le soir. Il affirme que le plaisir charnel est suivi d’une expiation, même immédiate, ici-bas.»

—-Abbé Mugnier, Journal : 1879-1939

151) «[Il] ne reprenait haleine que devant les volumes de vers qui battaient de l’aile à toutes les brises. Ceux-là étaient moins dépiotés et moins souillés, attendu que personne ne les ouvrait. […] La justice littéraire n’existe pas ; leurs vers ne sont ni meilleurs, ni pires que ceux qui se sont vendus et qui ont mené leurs auteurs à l’Institut.»

—- Joris-Karl Huysmans, A vau l’eau, 1882

152) «La solitude, mais je la connais ! (…) car enfin je fréquente qui ? quelques éditeurs, quelques hommes de lettres et les relations avec ces gens-là n’ont rien qui me plaise ; quant au silence, c’est un bienfait.»

—-Joris-Karl Huysmans, En Route, 1895

153) «M. Huysmans contribue à sa façon à l’édifice de littérature catholique, moins soucieux peut-être d’apporter sa pierre aux assises et aux piliers que de sculpter quelque chapiteau ornementé, de peindre quelque verrière éclatante ou de contourner quelque gargouille ingénieuse et biscornue.»

—-Henri de Régnier, Le Gaulois, 10 octobre 1901

154) «[Le] dix-huitième siècle, il n’y a même pas à s’en occuper ; ce siècle fut une époque de bedon et de bidet et, dès qu’il voulut toucher au culte, il fit d’un bénitier une cuvette.»

—-Joris-Karl Huysmans, L’Echo de Paris, 2 février 1898

155) La rançon de l’originalité, à propos d’En Rade :

«C’est pis que pour «A Rebours», j’ai tout le monde contre moi, la nouveauté de ça les ahurit. C’est gai ! j’entends des gens me dire : mais ça ne se suit pas ! – ou «ça fait d’affreux cahots» parbleu, je le sais bien que ça cahote puisque je l’ai voulu ainsi. Jusqu’à Goncourt qui s’étonne ! – Quant à Zola, il trouve mes paysans très bien, mais l’apparition d’Esther, la femme nue, que vous verrez, dans le second chapitre, monstrueuse ! D’autre part, Villiers ravi apprend par cœur l’apparition d’Esther, ainsi que Mallarmé et Bloy – D’Aurevilly n’y comprend rien, lui, ni aux paysans, ni aux rêves.

Eh zut ! –quelle salade d’avis ! «

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 20 novembre 1886

156) «La femme que j’admire dans les temps passé et dans le présent est celle qui vit en Dieu dans le fond des cloîtres, puis, dans un autre ordre d’idées, l’éternelle abandonnée qui expia et qui expire la suite de ses tristes gésines en se tuant à la peine pour élever honnêtement, pieusement, des mômes ; toutes femmes dont on ne parle guère.»

—-Joris-Karl Huysmans, Réponse à une enquête menée par Marie-Louise Néron pour La Fronde, 1900

157) «En sus de notre nature même qui répugne à la souffrance, il y a encore le Maudit qui intervient pour la détourner du sacrifice, le Maudit auquel son Maître a concédé, dans la triste partie qui se joue, ici-bas, les deux plus formidables atouts, l’argent et la chair.»

—-Joris-Karl Huysmans, Sainte Lydwine de Schiedam, 1901

158) «Ce morose dégustateur de l’insolite et du nonpareil, m’avouait, un jour que, Jamais, dans un roman, il ne ferait dire à personne: Je vous aime — sacrifiant ainsi l’exactitude matérielle dont se glorifie le naturalisme à la ténèbre injonction d’un Maître qu’il ne connaît pas.»

—-Léon Bloy, L’Incarnation de l’adverbe (in La Plume), 1er Juin 1891

159) «La hideur suprême de la tour Eiffel, c’est bien le symbole artistique d’un temps.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 27 avril 1889

160) «Le surnaturel existe, qu’il soit chrétien ou non. Le nier, c’est nier l’évidence, c’est barboter dans l’auge du matérialisme, dans le bac stupide des libres-penseurs !»

—-Joris-Karl Huysmans, Là-Bas, 1891

161) «Je connais peu d’hommes qui, sur la mine et l’attitude, se soient fait autant d’ennemis qu’il [Joris-Karl Huysmans]  en compte ; mais peu d’hommes aussi ont su, à son exemple, se rendre précieux à quelques amitiés anciennes et lucides. Ce partage inéquitable est le fait  d’une vie hermétiquement fermée aux concessions mondaines, aux expansions réclamistes, aux airs de clarinette joués sous le dernier livre, avec l’écriteau « A paraître », sur la poitrine.»

—-Lucien Descaves, Ceux de Medan (in Supplément littéraire du Figaro), 28 avril 1888

162) «C’était le temps de la fenaison, les gerbes étaient en tas. Nous avisons une petite meule dans un champ, nous y creusons deux niches confortables, et je ne sais si c’est l’odeur troublante de notre couche ou le parfum pénétrant des bois qui nous émeuvent, mais nous éprouvons le besoin de parler de nos amours défuntes. Le thème était inépuisable !»

—-Joris-Karl Huysmans, Sac au dos, 1880

163) «Lorsque mon livre [La Cathédrale] paraîtra ; n’y découvrant pas de phrases qui pourront alarmer leurs [les catholiques libéraux] attentives pudeurs, ils se rejetteront sur la langue. C’est singulier pourtant de ne pas vouloir comprendre que le style du XVIIè siècle, excellent en tant que langue oratoire, et très apte également à exprimer des idées purement abstraites, est absolument impuissant à rendre la vie ambiante de nos jours, à décrire les mille nuances compliquées de l’être moderne, à fixer l’âme du temps. Cette incompréhension a été la mort de l’art catholique qui n’existe, à l’heure actuelle, plus.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à l’abbesse Cécile Bruyère, 11 juin 1897

164) «Elle pensait forcément, ainsi que toutes les femmes, que la possession de son corps était un inestimable don ; comme toutes les femmes encore, épouses, filles ou maîtresses, elle pensait aussi que le mari, le père ou l’amant avait été mis sur la terre pour subvenir aux besoins de la femme, pour l’entretenir, pour être, en un mot, sa bête à pain.»

—-Joris-Karl Huysmans, En Rade, 1887

165) «Je fais ce que je vois, ce que je vis, ce que je sens, en l’écrivant le moins mal que je puis.»

—- Joris-Karl Huysmans (sous le pseudonyme d’A. Meunier), Les Hommes d’aujourd‘hui, 1885

166) «L’Eglise sait pourtant que la charogne du riche purule autant que celle du pauvre et que son âme pue davantage encore ; mais elle brocante les indulgences et bazzarde les messes ; elle est, elle aussi, ravagée par l’appât du lucre.»

—-Joris-Karl Huysmans, En route, 1895

167) «Idéal contempteur de la machine humaine, Huysmans est le seul qui possède à un égal degré LE SENS DU LAID, la conception nette de l’horreur, de l’inélégance répandue par toute la nature, de la privation pour les hommes de beauté et d’harmonie.»

—-Henry Bauer, Sur J.-K. Huysmans (in L’Echo de Paris), 16 décembre 1889

168) «Admirons les desseins impénétrables de Dieu et considérons nous toujours, nous qui n’avons pas écrit «Là-Bas» et «En Route», comme des serviteurs inutiles.»

—-Abbé Mugnier, Lettre à l’abbé Frémont, 28 février 1898

169) «Huysmans ! des mains d’évêque ! des mains d’infante ! Allons donc ! Bloy : des mains de bossu !»

—-Villiers de l’Ilse Adam (attribué à – in Le Mendiant ingrat, Léon Bloy), 1898

170) «Dîner chez Zola, hier. Il va faire un roman sur l’argent [L’Argent] et, en faire, dit-il, l’éloge. Car il n’y a que les gens pauvres qui courent après l’argent, ajoute-t-il. Quel abominable mufle !»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 17 mars 1890

171) «Je proteste (…) contre ton assertion, que c’est une immixtion de politique dans les œuvres faussement littéraires que de croire et d’écrire que la morale étant quelque chose de sacré et en même temps de bon goût, ne peut jamais être impunément blessée.»

—-Constant Huysmans (oncle de Joris-Karl Huysmans), Lettre à son neveu, 26 décembre 1874

172) «La piété, la sainteté même, peuvent, en effet, disparaître, mais la bêtise, elle, elle reste !»

—-Joris-Karl Huysmans, L’Oblat, 1903

173) «Ces ravageuses, fardées de rouge et plâtrées de céruse, ces filles aux yeux charbonnés et aux dents frottées de ponce, ces poisseux au col cassé, au veston échancré sur le ventre, aux doubles chaînes d’or, ces pauvresses qui se meurent, ces enfants qui pleurnichent et grelottent devant le rutilement des gaz, me navrent plus que je ne saurais dire. Je ne sais, au reste, si vous êtes comme moi, mais jamais je ne m’ennuie tant que dans ces joyeux endroits où la foule s’amasse et s’efforce de rire !»

—-Joris-Karl Huysmans, Effet de soir (in Le Musée des deux mondes), 15 janvier 1876

174) «Achevé «En Route» [Joris-Karl Huysmans, 1895]. Que ne suis-je encore l’ami de Huysmans ! Je lui donnerais un précieux conseil. Après «Là-Bas» et «En Route», pourquoi n’intitulerait-il pas ainsi son prochain tome : En Haut ! Tout le monde DESCEND ?»

—-Léon Bloy, Le Mendiant ingrat (Journal du 25 mars 1895), 1898

175)  «Si vous vouliez bien demander à la Sainte Vierge qu’elle me protège et m’empêche d’avoir des ennuis au Ministère, vous me rendrez un bien grand service.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Dom du Bourg, 25 février 1895

176) «Je n’ai jamais dit que M. Huysmans ait commis un péché mortel en composant «Là-Bas». Je l’ignore. J’ai dit seulement que son livre, objectivement est une source ouverte de scandaleux récits : et cela, je le dis, parce que je l’ai lu, quoique avec une invincible répugnance.»

—-Lettre de l’abbé Frémont à l’abbé Mugnier, 18 mars 1898

177) «C’est étonnant comme les poètes sont bêtes ; ils font des phrases, ils pleurent, ils geignent, ils crient, comme si cela touchait les femmes ! N’est aimé que celui qui cogne.»

—-Joris-Karl Huysmans, Marthe. Histoire d‘une fille, 1876

178) «Ménageons nos testicules pour avoir la cervelle fraîche.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 26 octobre 1891

179) «J’ai fini (…) par envoyer coucher tous les catholiques, avec leur idée qu’il ne faut qu’une littérature pour jeunes filles.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à l’abbé Henry Moeller, 1er mai 1904

180) «Ce que M. Huysmans appelle un roman est tout simplement une «tranche de vie», et si cette «tranche» est absolument dénuée d’intérêt, entièrement vide, entièrement plate, elle n’en est que plus succulente. «

—-Adolphe Brisson, Livres et revues (in Les Annales politiques et littéraires), 28 août 1887

181) «L’art devrait être ainsi que la femme qu’on aime, hors de portée, dans l’espace, loin ; car enfin c’est avec la prière la seule éjaculation de l’âme qui soit propre !»

—-Joris-Karl Huysmans, Là-bas, 1891

182) «Le célibat n’a aucun sens – sinon, en religion, dans un cloître. (…) Hors cela et le désir de finir en cellule, il est bien certain qu’il ne reste que le mariage, car le reste est inférieur. Le concubinage ou les maîtresses n’ont aucun sens, arrivé à un certain âge. Le mariage est la canalisation de ces ordures, relevé par un certain au-delà humain, par une surgie d’âme qui est la plus élevée qui soit – dans le domaine terrestre -»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 26 décembre 1893

183) «Par une nuit de pleine lune, nous parlions de Mérimée, dont les dames disent : «Quel charmant conteur !» Huysmans prononça à peu près ces paroles : «Un conteur est un monsieur qui, ne sachant pas écrire, débite prétentieusement des balivernes.»

—-Guy de Maupassant, Les soirées de Medan (in Le Gaulois), 17 avril 1880

184) «Quand il s’agit des femmes, je vais toujours aux hypothèses qui peuvent leur être les plus défavorables ; je suis sûr ainsi de ne pas me tromper !»

—-Joris-Karl Huysmans, En Ménage, 1881

185) «Zola, apprenant que son ancien disciple [Joris-Karl Huysmans] était parti pour la Trappe, a dit : «C’est un toqué.»«

—-Abbé Mugnier, Cahier, 17 août 1892

186) «A être toujours seul, je me consterne et je me ronge ; pour tout dire, je suis las et les latrines de mon âme sont pleines.»

—-Joris-Karl Huysmans, En Ménage, 1881

187) «Le monde des lettres ! non, monsieur l’abbé, ce n’est pas lui que je pourrais regretter, car je l’avais quitté, bien des années avant de venir résider ici ; puis, voyez-vous, fréquenter ces trabans de l’écriture et rester propre, c’est impossible. Il faut choisir : eux ou de braves gens ; médire ou se taire ; car leur spécialité, c’est de vous élaguer toute idée charitable, c’est de vous guérir surtout de l’amitié, en un clin d’œil.»

—-Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, 1898

188) «Le clergé séculier ne peut être qu’un déchet, car les ordres contemplatifs et l’armée des missionnaires enlèvent, chaque année, la fleur du panier des âmes ; les mystiques, les prêtres affamés de douleurs, ivres de sacrifices, s’internent dans des cloîtres, ou s’exilent chez les sauvages qu’ils catéchisent. Ainsi écrémé, le reste du clergé n’est évidemment plus que le lait allongé, que la lavasse des séminaires… »

—-Joris-Karl Huysmans, En Route,1895

189) «Et Dieu qui imposa La Salette, sans recourir aux voies de la publicité mondaine, change de tactique, et avec Lourdes, la réclame entre en scène.»

—-Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, 1898

190) «Le dégoût qu’inspira l‘affaire Dreyfus a plus fait pour la religion que la plus active des propagandes ; la persécution des moines aidera aux conversions. De l’âme des athées suinte un purin de haine qui est excellent pour activer la croissance de la flore mystique ; le fumier sert.»

—-Joris-Karl Huysmans, Semaine religieuse du diocèse d’Alby, 7 septembre 1901

191) «Le bondieusardisme est le satanisme de la piété, un satanisme inconscient, bien dans les données du Diable, se cachant sous d’honnêtes apparences.»

—-Joris-Karl Huysmans, Carnet, 8 mars 1903

192) «Vraiment Huysmans est un profane, et il parle des choses saintes sur le ton d’un journaliste qui parlerait de Wagner en revenant de Bayreuth. Il nous faut mieux, plus haut, plus grand, plus intense…»

—-Pierre Louÿs, Lettre à Stéphane Mallarmé, 22 septembre 1890

193) «Voilà un livre [A Rebours] névrosé. On dira ce qu’on voudra contre le livre, c’est un livre qui apporte une petite fièvre à la cervelle, et les livres qui produisent  cela sont des livres d’hommes de talent. Et une écriture artiste par là-dessus…»

—-Edmond de Goncourt, Journal, 16 mai 1884

194) «Huysmans ne s’efforce pas vers la Vérité (…) mais vers le succès, ce qui est exactement le contraire. Il semble n’avoir jamais pu dessoûler de la victoire imprévue de «Là-Bas», mauvais livre qui l’a rendu célèbre. A dater de ce jour, des Esseintes [personnage principal d’»A Rebours»], jusqu’alors altier, s’est mis à compter soigneusement ses «tirages». Il a connu enfin le bonheur des boutiquiers qui font leur caisse, la journée finie. Au point de vue strictement catholique, son métier actuel est de jeter le pain aux chiens et de dégoûter les âmes. Son métier antérieur, moins lucratif, était préférable.»

—-Léon Bloy, Lettre à André…, 28 juin 1902

195) «La fornication entre gens même mariés demeure malpropre ; l’Eglise l’a lavée au sublimé d’un Sacrement, l’a désinfectée de son mieux, puisqu’Elle ne pouvait l’interdire ; mais la basse saleté des sueurs conjugale n’en reste pas moins.»

—-Joris-Karl Huysmans, Carnet vert, nd

196) «C’était dans un restaurant de la place Saint-André-des-Arts. (…) Vous [Joris-Karl Huysmans] demandiez des rognons sauce madère. Vous assuriez ensuite que ces petits morceaux noirs, baignés d’une sauce brune, étaient des doigts de pieds de nègre au jus de rat.»

—-Michel de Lézinier, Avec Huysmans, 1928

197) «Au fond, Huysmans n’est que mon «outrancier», mais, je me hâte de le dire, un outrancier plein de talent.»

—-Edmond de Goncourt, Journal, 14 décembre 1889

198) «Tout est si nul, tout est si bête, que ce refuge dans une foi, serait un véritable havre ! Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Le malheur, c’est qu’il faille faire tout cela seul, car les prêtres sont presque tous imbéciles ou abjects.»

—-Joris-Karl Huysmans, Lettre à Arij Prins, 23 mai 1891

199) «S’il [le clergé] devenait le maître, s’il parvenait à hisser, à vivifier la désolante tribu qu’il gère, ce serait la trombe de la bêtise cléricale s’abattant sur un pays, ce serait la fin de toute littérature, de tout art en France !»

—-Joris-Karl Huysmans, En route, 1895

200) «Tant qu’une femme reste dans votre vie, aucune mystique n’est possible.»

—-Joris-Karl Hysmans, Préface du Latin mystique de Rémy de Gourmont, 1892